Altigapharma, recrutement et outsourcing pour les industries de la santé

Réunion AMIPS du 14 décembre 2010

Médecins régionaux : nouveaux enjeux, nouveaux métiers, nouveaux défis

 

Les Industries des Produits de Santé assistent à une réorganisation considérable de la Santé au niveau régional. Devant ce constat, les implications quotidiennes des structures de Médecins Régionaux nous interrogent sur les questions suivantes :

  • Qui sont ces médecins et scientifiques qui occupent ces postes ?
  • Pourquoi et comment le font-ils ?
  • Quels enjeux et quels apports pour ces médecins régionaux tant dans le dialogue, la responsabilité médicale, que dans les nouvelles taches qu'ils doivent, devraient, devront avoir comme interlocuteur terrain, régional vis-à-vis des ARS, des hôpitaux, des médecins libéraux aussi bien que du staff qu'ils encadrent et des industries qu'ils représentent ... à distance ?
  • La sensibilité et la culture « médicale » sont-elles indispensables, primordiales, déterminantes ?

L'AMIPS au cours d'une réunion le mardi 14 Décembre 2010 a réuni une centaine de participants autour de ces questions ; en voici les principales interventions :

Jean Leveau, vice-président, AMIPS - Introduction

Médecin Régional, médecin opérationnel terrain, médecin de liaison, field médical, regional medical manager, médecin opérationnel de zone, district medical director, conseiller médical régional, etc&... et on peut systématiquement remplacer le terme médecin par scientifique. En 2006, la revue Pharmaceutiques parlait de l'évolution des métiers du marketing et des ventes et évoquait la notion de responsables institutionnels locaux auprès des payeurs/politiques. La loi HPST renforce aujourd'hui ce besoin. La charte de la visite médicale depuis 2004 permet de définir en creux ce que ne sont pas ces métiers médicaux en région. Tout se passe comme si il est nécessaire de trouver un juste positionnement entre objectif commercial et objectif scientifique. Le LEEM a conduit une enquête en 2008 sur les métiers médicaux de l'industrie pharmaceutiques : on note le médecin régional comme porte d'entrée de carrière et un manque de candidature de médecins. La projection du LEEM estimait à 1700 médecins, dont 20% en région soit environ 340. D'un autre coté si on estime à une centaine le nombre d'organisation régionale avec environ une 15 de postes chacune. Au total, pour 1500 postes de scientifiques régionaux, seuls 25% seraient occupés par des médecins.

Rémi Brugère, responsable médecins régionaux immunologie, Abbott - Une organisation de médecins régionaux au service de produits hospitaliers

Le Médecin Régional est l'expert du médicament dans son environnement.
1. La première mission, un rôle d'information médicale auprès des médecins. Il rassemble les informations médicales, la littérature et la bibliographie autour de la pathologie, son traitement et son environnement thérapeutique pour en informer les médecins de sa région, lors de :
- réunions organisées à l'hôpital par les services hospitalier
- ou bien lors de réunion avec le médecin .
Son rôle est clé dans les petites structures hospitalières où les experts ne peuvent se déplacer dans tous les Congrès faute de temps et d'emploi du temps surchargé. Ainsi, le médecin régional va pouvoir l'informer de l'actualité médicale.
2. Le médecin régional contribue auprès des experts à la réflexion, à la mise en place et au suivi de projets et/ou protocoles au niveau régional (études académiques, études observationnelles, suivi de cohorte épidémiologique,... ) en liaison avec la Direction Médicale du siège.
3. Il participe également à la mise en place de manifestations scientifiques d'Abbott en région (symposium, réunions d'information à l'hôpital, etc). Il est en contact avec les orateurs et leur met à disposition les données scientifiques et les informations médicales sur la pathologie, dont ils ont besoin.
4. Le médecin régional participe aux congrès scientifiques (régionaux, nationaux, internationaux) pour s'informer sur les actualités médicales, rédiger des synthèses de documents scientifiques, et assurer un suivi de la bibliographie dans le domaine thérapeutique concerné.
5. Enfin, le médecin régional contribue à la formation continue des visiteurs médicaux (au niveau du contenu scientifique et médical) en collaboration avec les services Formation et les médecins de la Direction Médicale. Il est l'un des garants de la formation et de l'évaluation des délégués médicaux en lien avec l'application de la charte de la visite médicale (assurance qualité)..

Asri Benkritly, directeur de la stratégie, Takeda - Une organisation au service de l'information de nos produits

Le rôle des médecins régionaux a beaucoup évolué ces 5 dernières années pour faire face à une médicalisation croissante de la relation entre industrie pharmaceutique et médecins prescripteurs. En effet l'encadrement de plus en plus strict de la communication médicale couplée au progrès scientifique des nouvelles molécules, y compris en médecine générale, a accru le besoin de connaissance médicale au sein des laboratoires pharmaceutiques.
De soutien commercial à la visite médicale dans les années 90, les missions du médecin régional se sont progressivement orientées vers le développement de partenariats de Formation Médicale Continue, l'incitation à la participation aux études cliniques et aux études épidémiologiques en médecine libérale. Ce besoin d'une relation de haut niveau scientifique avec les médecins de ville est devenu particulièrement crucial en période de pré lancement de nouveaux produits notamment lorsque les laboratoires entraient dans de nouveaux domaines thérapeutiques.
Parmi ces missions, l'implication dans la formation des délégués médicaux et dans le contrôle de leurs connaissances imposé par la charte de la visite médicale s'est considérablement accrue. Il faut néanmoins veiller à ne pas dériver pour en faire des médecins formateurs. Pour veiller à leur indépendance dans cette activité un changement de rattachement hiérarchique s'est rapidement imposé, avec un mouvement des directions commerciales (ventes ou marketing) vers les directions médicales.
Les médecins en région sont donc devenus des membres à part entière d'un département à vocation scientifique. Ceci a permis une revalorisation du poste et une amélioration de la stabilité des médecins (toute relative !). Il nous faut néanmoins regretter la course aux candidats entre laboratoires, couplée à une raréfaction des vocations, qui pourraient pénaliser ce métier à haute valeur ajoutée pour nos entreprises. Malgré une offre prépondérante de postes pour des produits de spécialités, théoriquement plus attractive pour des médecins dans l'industrie, il demeure un besoin en médecine générale qu'il faudra pouvoir satisfaire. Cela représentera un challenge majeur des directions des ressources humaines et des directions médicales : savoir être innovant à la fois dans les missions de ces médecins et envisager des plans de carrière bien définis et planifiés sur plusieurs années pour les hauts potentiels.

Philippe Mougin, directeur des analyses et stratégies de régionalisation, Bayer Schering Pharma France - Une organisation au service d'une démarche stratégique régionale

Face à la mise en place des Agences Régionales de Santé (ARS) certains laboratoires pharmaceutiques ont mis en place des structures dédiés avec un double objectif : monitorer les évolutions de notre système de soins et établir de potentiels partenariats avec les ARS.
Une démarche nécessaire pour faire face aux effets attendus de la mise en place des ARS qui, de part leurs deux missions essentielles de régulation de l'offre de soins, et d'amélioration de l'efficacité du système provoqueront les impacts suivants :
- au niveau de l'hôpital : une augmentation de la pression sur les prix et la sortie des soins de 1er recours pour les ramener en médecine ambulatoire

- au niveau ambulatoire : une nouvelle organisation de l'offre de soins pour absorber les soins de 1er recours provenant des hôpitaux avec la création des Maison de Santé Pluridisciplinaire (MSP)
Au final un besoin accru de coopération entre les professionnels de santé et la création de nouvelles filières de soins.
Lors de la mise en place de ces équipes dédiées à la relation avec les ARS, les laboratoires pharmaceutiques hésitaient dans la définition de fonction de ces nouveaux métiers : institutionnel, commercial ou les deux ? Quelque soit le choix retenu, il porte l'empreinte forte d'un retour sur investissement. Sans doute une des raisons de l'absence de candidature de médecins sur ces nouveaux postes.
Une autre raison majeure à l'absence de candidature de médecin sur ces postes fut sans doute le profil attendu : capacités relationnelles, qualités commerciales, connaissance du système de santé et de la médico-économie,... rien qui ne fasse référence au médical !
Or l'expérience, même récente, montre que la majorité des interlocuteurs en charge de l'offre de soins au sein des ARS sont des médecins. De plus les possibles partenariats envisagés avec les ARS concernent le dépistage, la mise en place de nouvelles filières de soins ou des études de micro médico-économie, requièrent tous des compétences médicales, sans aborder le facteur essentiel à la construction d'une relation durable : le « peer to peer », médecin à médecin !
Alors si nous avions une suggestion à faire, elle serait de revoir la définition de fonction de ces nouveaux métiers afin d'attirer plus de médecin : capacités relationnelles, gestion de projet transversaux, connaissance médicale,... La connaissance du système de soins et de la médico-économie s'acquière. Cette nouvelle fonction régionale en charge de la relation avec les ARS est hautement stratégique. Elle permet à un laboratoire pharmaceutique de s'inscrire comme un partenaire durable du système de santé : « le médicament comme outil d'efficience ». Occupée par des médecins elle « rend la médecine au médecin ».

Arnaud Bourdery, médecin régional rhumatologie, BMS - Une expérience personnelle de Médecin Régional

Médecin Généraliste de formation, j'ai complété mon cursus par le mastère Marketing-Management de l'ESSEC. Ce n'est donc pas sans arrière-pensée, celle d'acquérir une expérience de terrain que j'ai pris mon premier poste de Médecin Régional pour ne finalement plus quitter cette fonction, dont la diversité des tâches et des interfaces est un remède à l'ennui, dans un poste qui permet en outre une vie en région.
J'ai donc poursuivi dans cette voie en occupant différents postes de Médecin Régional dans différents laboratoires qui m'ont permis d'en voir différents aspects et l'évolution au cours du temps. Le premier point que je souhaite souligner est la grande hétérogénéité du poste :
- D'un laboratoire à l'autre en fonction de la taille du laboratoire, des définitions de poste (plus axés communication, recherche clinique, formation ou plus polyvalents..) avec des rattachements hiérarchiques variables (marketing, vente, médical)
- Hétérogénéité liée au produit et à son cycle de vie: communication pathologie et environnement en période de pré-lancement, communication produit différente ensuite selon le type de produit et sa technicité (ex hypocholestérolémiants, biothérapies..)
- Au sein des équipes : équipe de 12 médecins régionaux couvrant ville et hôpital sur de petits secteurs géographiques, équipe de 3 médecins régionaux couvrant une cible restreinte avec des secteurs de grande taille ou encore équipe intégrant des cursus scientifiques autres que médecins.
Au cours du temps, l'évolution industrielle, le contexte réglementaire, la charte de la visite médicale, l'engagement éthique des laboratoires ont conduit à redéfinir les rôles et leurs définitions avec aujourd'hui une tendance qui semble se dégager de reprise des réseaux de médecins régionaux par les départements médicaux.
Cette évolution m'amène au second point qui semble se dessiner, à savoir la professionnalisation du métier de médecin régional et l'émergence d'une définition plus précise de ses rôles (notamment en terme de communication éthique et non promotionnelle) de ses interactions avec les autres corps de métier (ventes, recherche clinique...) et du reporting et de la traçabilité des opérations médicales qui en découlent.
Un autre versant de cette professionnalisation du poste est l'apparition de postes de Médecins Régionaux Seniors permettant à ceux souhaitant se développer dans ce métier de le faire, en élargissant leurs compétences (par des missions nationales ou européennes, du coaching...) ne faisant plus du poste de Médecin Régional un simple poste d'entrée dans l'industrie pharmaceutique.
Au total, un métier qui regroupe encore des façons de travailler différentes, dont la polyvalence reste une excellente plateforme d'évolution que ce soit aujourd'hui dans son métier de Médecin Régional ou vers les différentes fonctions médicales ou managériales de l'entreprise.

Ludovic Jubé, Altigapharma - Etat des Ressources Humaines au travers de l'expérience d'un cabinet en charge de recruter des équipes de médecins régionaux

Le médecin régional, métier né il y une vingtaine d'années est une voie d'entrée ou de carrière dans l'industrie pharmaceutique. Véritable expert médical en région, sa place dans l'entreprise est reconnue et ses missions bien codifiées. Elles reposent en priorité sur la communication, l'information, la création de partenariats avec les acteurs locaux de la Santé.
L'inflation de la demande a vu en parallèle se professionnaliser l'offre.
De ce point de vue les cabinets de recrutement apportent une aide précieuse dans l'identification et le choix des candidats les mieux adaptés.
La pénurie des médecins rend parfois incontournable l'ouverture à des profils différents, toujours dotés d'un solide cursus scientifique tels que pharmacien, PhD, etc...
De même cette position est parfois convoitée par des professionnels confirmés qui veulent orienter différemment leurs carrières, acquérir une expérience de terrain ou opter pour une vie en province. Véritable « généraliste » le médecin régional peut évoluer, s'il le souhaite, dans tous les secteurs de l'entreprise, une formation ajustée à son projet professionnel ne pourra que l'y aider.

Sylvain Falinower, vice-président, AMIPS - Conclusion

La fonction de Médecin Régional n'est clairement pas univoque. Elle dépend de la stratégie du laboratoire, du rôle que ces fonctions ont sur le terrain. De fait, elles s'inscrivent dans l'accompagnement des prescripteurs qu'ils soient hospitaliers ou libéraux. Cet accompagnement ne doit pas être ambigu vis-à-vis d'une nécessité promotionnelle du laboratoire. Au contraire, cette fonction représente en région toute la direction médicale, du développement aux relations entre médecins. Aujourd'hui nous assistons à une mutation profonde de la structure de santé en région avec la création des ARS. Les filières de prise en charge au niveau local changent radicalement. Les Médecins Régionaux qui revendiquent un rôle d'acteur de santé doivent a fortiori s'adapter à ce nouveau schéma organisationnel. L'AMIPS, soucieuse de l'évolution et la reconnaissance de tous les métiers médicaux de l'industrie des produits de santé reste attentive et contributrice à la réflexion et à l'organisation de ces nouveaux modèles, avec « des Acteurs impliqués pour une Santé Responsable ». Un nouveau « Groupe de Travail Spécifique » pourrait ainsi y voir le jour. (Nous contacter !)